Tu l’aimes bien ce gars-là. Il fait partie de tes meilleurs potes. C’est avec lui que tu vas quasi voir tous les matchs au stadio. Il est aussi passionné que toi, aussi fervent. Mais il a un petit problème, il lance des chants de supporters en soirée. Toi aussi, bien sur, ça t’arrive souvent. Mais lui, c’est différent. A partir d’un certain volume de reubié, ne pas chanter à la gloire d’son équipe, et, ce, quelque soit la soirée dans laquelle il se trouve, ne serait pas digne d’un vrai supporter.

Génant: ce pote qui lance des chants de supporters en soirée.

Ce soir, vous avez tapé l’incruste à cette soirée. Une vieille copine, maintenant en fac de droit, t’a convié à un apéro chez l’une d’ses potes d’amphi. Tu te voyais mal y aller seul, alors, après avoir fait le tour d’tes poteaux, seul Tonio a répondu à ton appel de détresse. Problème, en arrivant à l’appart en question, l’ambiance est, comment dire, plutôt BCBG. Les meufs sont en robes et collants noires, les gonzes en polo RL et chinos fluos. Il y a d’la carotte, du radis et du choux-fleur dans des bols… et, pas une binouze, ni un sky à l’horizon. Tout le monde tourne au rouge. Et vu la gueule des bouteilles, t’es sur que ce sont pas des portos d’ton pote déménageur. Vous vous demandez ce que vous faites ici. Jeans, sweat à capuche et Samba aux pieds, vous avez l’air bien cons en posant votre pack de Kanter sur la table en verre qui a du coûter le prix de 30 abos réunis. Bref, ce soir, vous jouez à l’extérieur, et tu as compris que ça allait être dur pour Tonio, de tenir 90 minutes sans chanter « Allez Sainté ».

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Au bout de 15 minutes, vous avez déjà tombé le pack de 12 qui trainait devant vos boules de loto, et, à côté de toi, tu entends déjà les premiers signes évocateurs que Tonio commence à en tenir une bonne. Ce con est déjà entrain de siffler quelques notes. Heureusement discrètes. Seul un mec habitué des tribunes pourrait les décoder. Quelques minutes plus tard, après avoir débouché une ‘teille de rouge et l’avoir bien entamée, les sifflements laissent place à des fredonnements beaucoup plus bruyants. Il est 22h et ton pote s’attaque déjà à la Lambada. Une brune casse le malaise en lui demandant si il a déjà mis les pieds au Brésil. En regardant ton pote, tu comprends qu’il n’en peut plus. Même si la meuf est méga bandante, il a pas du tout envie de l’entendre parler d’ses dernières vacances à Rio et des caïpi qu’elle s’est foutu dans le gozier. Et, lui, n’a pas l’temps d’lui dire que « non mais qu’en revanche je connais très bien l’Azerbadjan, la Norvége, le Danemark et l’Ukraine ». Il est à deux doigts d’exploser, de lâcher sa purée de supporters sur tous les invités. Ses mains ne tiennent plus en place, elles tapent sur ses cuisses, sur la table, comme les tambours les soirs de match. Sa passion, sa ferveur, son fanatisme vont sortir dans quelques instants. Dans quelques secondes, c’est sur, il va lancer des chants de supporters. Vous allez être démasqué, vous allez passer pour deux gros beaufs à leurs yeux. « Putain, Tonio, pas maintenant » que tu te dis, pour une fois que tu arrives à séduire une meuf sans montrer ta bite.

Mais Tonio est bien décidé. Voilà, qu’son accent de Saint’Ch’mond à couper au couteau de chasse Manufrance, bizarrement jusqu’à là invisible, ressort au tac au tac. Puis, en une seconde à peine, tout bascule: il se lève, monte difficilement sur sa chaise et gueule tellement fort qu’la merde de Beyoncé sortant des enceintes s’arrête nette: « putain demain c’est le derby les gars, on va les baiser ces putains de lyonnais. Allez, levez les mains. Tous ensemble: Lyon, Lyon, on t’encule !! ». La tête baissée de honte et dissimulée dans tes mains, tu arrives tout de même à regarder discrètement ta breloque. C’est la 120ème minute. Si t’as bien la haine contre ton pote, t’as aussi beaucoup d’respect pour lui. Tenir quasiment jusqu’aux tirs au buts dans un environnement aussi hostile que ce soir, tient d’un putain de miracle et d’un sacré effort d’sa part.

Quelques secondes plus tard, vous êtes dans la rue, enfin libres d’assumer pleinement votre passion jusqu’au boutiste. « Oh lyonnais, lyonnais, lyonnais… ».

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