Je me souviens de mon tout premier déplacement à l’âge de mes 16 ans. Avec Geoffroy, un pote avec qui je vivais le délire ultra depuis plusieurs mois, nous nous étions décidés à franchir un grand pas. Pour cette première, nous n’avions pas choisi une grosse affiche qui attirerait foules de touristes. Non, nous avions misé sur un dep bien long et bien difficile, où nous y laisserions certainement quelques plumes mais où nous gagnerions en respect au sein du groupe. Alors ce matin là, sur les coups des 8h, nous quittions le parking du stade en direction de Rennes pour bien 9h de route.

Rennes-Sainté, 17 décembre 2005.

 

On s’était gentiment assis à l’avant du bus pour se montrer bienveillant à l’égard des plus anciens. Pour passer le temps, nous avions ramener de quoi taper le carton et surtout un paquet de carburant, pour festoyer comme il se doit tout au long du trajet. Avec notre gros pack de 6 Kro pour deux et notre joint acheté pré-roulé à un plus grand la veille au local, nous étions plus qu’armés pour passer le déplacement d’notre vie et surtout à perdre notre virginité de supporter.

Au fil du pack et des kilomètres, nous gagnions considérablement du terrain dans le bus. Quasi une rangée par binouze. Faut dire qu’à cet âge, nous tenions l’alcool autant que nos daronnes. Alors, sur les coups des 13h, une fois le pack vidé, Geoffroy était au milieu du bus à beugler ses premiers récitals. Moi, j’étais entrain de pisser dans une bouteille vide parce que le chauffeur venait de m’annoncer que le prochain stop ne serait pas avant une bonne heure. A 15h, nous étions déjà devenus les deux mascottes de tout un régiment, ou plutôt les deux bons gros bizuts à qui on commençait déjà à tendre des mélanges de pastagua par-ci et de whisky par-là. A 16h, je commençais à comprendre qu’il fallait que je me calme si je voulais voir le match du soir et pas un énorme trou noir. Je reprenais des forces avec des sandwiches triangles et un paquet de Chipster que ma mère m’avait gracieusement glissé dans mon sac à dos la veille.

Geoffroy, lui, n’avait pas eu ce moment de lucidité et était complètement pété aux manettes. Ce con était même entrain d’allumer notre fameuse mèche. 10 minutes plus tard, je le retrouvais blanc comme un cul, la tête au dessus d’un sac poubelle. Je le réveillais sous les coups, dès 17h, à quelques kilomètres de Rennes. Il avait des bites dessinées sur toute la gueule et des traces de gerbe sur son écharpe en satin. Mais le mec se remit vite en selle et commençait à reprendre les chants qui se lançaient de plus en plus fréquemment et qui étaient repris de plus en plus fortement. Entre un « toucher la chatte à la voisine » et un « moi ce que j’aime chez Daniela », nous chantions à la gloire de notre club de cœur. Nous nous arrêtions une dernière fois sur une aire pour la traditionnelle photo de déplacement. Nous étions une 50aine de jeunes et de plus vieux allumés derrière une bâche, telle une grande famille un soir de Noël regroupée derrière ses patriarches pour une photo qui prendrait place un jour dans un bel album que l’on feuilletterait au coin du feu. Nous tapions rapidement le ballon sur le bitume avant de reprendre la route. Le prochain arrêt serait celui du Roazhon Park. Nous étions, Geoffroy et moi, de plus en plus excités à l’idée d’entrer dans l’enceinte pour soutenir notre équipe et nous confronter vocalement à l’adversaire. Nous profitions alors de ces derniers kilomètres pour nous improviser capo. Ma finesse habituelle s’était envolée et voyageait certainement en première classe, me laissant ivre de bonheur chanter pour l’honneur de mon club de cœur.

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