Marqué minot par les images du Standard et des Ultras Inferno, je décidais fin févier de me rendre enfin en Belgique et plus précisément à Liège. Je découvrais le mythique Sclessin et vivais en tribune T3, un beau match au milieu des supporters Liégeois. Une belle aventure là où une telle ferveur est difficile à trouver ailleurs, là où le football se vit et s’apprécie pété comme un bouchon de liège.

 

« Difficile de trouver meilleur gueuleton d’avant-match, ces deux boulettes de porc et de bœuf accompagnées de frites (…) sont une putain de passe-dé pour toutes les Jupiler que je m’apprête bientôt à tomber. »

Il doit être 9h du matin quand j’arrive à la gare de Liège. La gueule bien évidemment amochée par le manque de sommeil, mais heureux d’avoir du temps devant moi pour profiter au mieux de la ville. Je retrouve Côme, un bon gazier de Sainté que je n’avais jusque-là jamais vu, très heureux de m’accueillir dans sa nouvelle contrée. Accompagné de sa gonzesse, Côme me traine à la découverte des spécialités liégeoises et des quelques hauts-lieux de celle qu’on appelle la Cité Ardente. Une gaufre liégeoise par-ci, quelques shots du fameux peket par-là, nom donné au genièvre en wallon, et nous voilà en pleine ascension de la Montagne de Bueren. Une bonne bourlingue de 374 marches avec une belle vue sur Liège à son sommet.

Puis, à la redescente et sous quelques gargouillements, je commence à me transformer en truand, avide de barbaque et de bibine. Il me faut becqueter et au plus vite le fameux boulet Liégeois qui lestera mon estomac. Et je ne pouvais pas mieux tomber. Mes deux compères, Côme et Catherine, sont membres de la « Confrérie du Gay Boulet », une confrérie dont le but est de faire connaître le boulet liégeois à travers le monde et d’élire chaque année le trophée « Boulet de cristal » au meilleur restaurateur. Alors après avoir tricoté les arpions dans le crachin liégeois, nous posons enfin nos brioches dans le lauréat 2018, « Les Terrasses ». Difficile de trouver meilleur gueuleton d’avant-match, ces deux boulettes de porc et de bœuf accompagnées de frites et d’une sauce incroyablement bonne sont une putain de passe-dé pour toutes les Jupiler que je m’apprête bientôt à tomber.

C’est donc la berdouille bien gonflée que je quitte mes deux tourtereaux pour retrouver un autre contact, Damien. Un gars bien d’ici, lui aussi accompagné de sa copine, Anastassia, et tout deux abonnés en T3. Il est encore tôt quand nous nous pointons dans le quartier de Sclessin mais le décor est déjà bien en place. La Meuse et les usines sidérurgiques ArcelorMittal au loin, les cars et les bonnes bouilles de Belges qui en descendent, les soutes pleines de caisses de Jupiler, tout est réuni en ce début d’après-midi pour que je garde le meilleur souvenir de cette aventure. Rapidement la rue artérielle est plongée dans une folle ambiance. Une atmosphère où sous des effluves de bières et des grandes notes électroniques, tout un peuple se réunit pour fêter leur même amour du matricule 16. Ces festivités me trainent jusqu’au local des Ultras Inferno, accompagné de Régis, mon troisième contact du jour, celui qui a réussi à me dégoter un précieux ticket en T3.

 

 

« Les chants lancés en dessous de moi, m’explosent au visage telles de petites bulles qu’on crache en l’air. »

À une heure du match, la rue Ernest-Solvay est noire de monde. Je bois quelques dernières Jupiler avec le club de supporters de Damien, le Standard-Internet, avant de me rendre au stade avec Régis et son poteau. Il est suffisamment tôt pour que je m’imprègne au mieux de l’ambiance et de l’atmosphère si particulière de Sclessin. Ce stade est impressionnant et du haut de cette tribune Terril, abrupte et presque casse-gueule, j’ai le sentiment d’être en haut d’une montagne, d’être au sommet de mon aventure. Rapidement et aidé par les notes houblonnées que je ne cesse d’avoir à portée de main, je suis plongé dans l’ambiance et littéralement noyé dans Sclessin. Les chants lancés en dessous de moi, m’explosent au visage telles de petites bulles qu’on crache en l’air. Si belles et dont certains volent jusqu’au ciel. J’en oublie le match, bien trop captivé à percevoir les paroles de ces chants que je ne tarde pas à reprendre en cœur.

La mi-temps est l’occasion pour moi de retrouver Damien et Anastassia que j’avais abandonnés plus tôt. Il y a 1-0 pour le Standard alors il n’en faut pas plus pour que cette deuxième mi-temps se transforme en 45 minutes de plaisir supplémentaire. Je dois avouer qu’au fil des minutes, je commence à être pété comme un bouchon de Liège. Il faut dire que le Liégeois est chaleureux et aurait presque du mal à supporter de te voir asséché. Alors étant vite à court de cash et dans l’impossibilité de recharger ma carte buvette, on m’offre à boire jusqu’à la fin du match, jusqu’à ce que j’en ai plein la musette.

 

 

« La soirée se termine sans voyelles et sans visages, dans un flou artistique que j’aime à cette heure donner aveuglement à mes reportages. »

En quittant le stade, la tête dans le brouillard, j’ai comme l’impression de partir en boite ou plutôt de rentrer dans un drôle de bus à l’arrêt, sorte de bus magique où les gosses, la maîtresse et le lézard de mon enfance ont été remplacés par une flottée de quinquagénaires tous plus heureux que jamais, une Jupiler dans le buffet. Ce club de supporters originaire de la province de Liège et répondant au Matricule 16 Pléiade Hermalle a racheté ce bus de ville pour pouvoir se déplacer tous ensemble à chacune des rencontres du Standard. Le kiff absolu ! Je fini, ô triste est mon âme, par les abandonner pour partir dans le vacarme des Liégeois, à la recherche de mes deux gaziers. C’est dans le bar du Soccer Club, sorte de buvette d’un Five, que je les retrouve eux aussi bien amochés. La soirée se termine sans voyelles et sans visages, dans un flou artistique que j’aime à cette heure donner aveuglement à mes reportages.

 

 

Au réveil, j’ai des affaires éparpillées dans toute la piaule que j’ai louée la veille, je suis encore tout habillé et j’ai la tête comme un compteur de gaz. Mon appareil photo est en rade de batterie et semble être autant, si ce n’est plus, dans le mal que moi. Nous devons pourtant trouver la force de nous relever car il y a encore football aujourd’hui. Dans le train en partance pour Bruxelles et son club d’Anderlecht, j’essaye de me souvenir de cette fin de soirée. Je me revois tourner autour d’un pâté de maisons toutes identiques les unes aux autres, bien incapable de reconnaître la porte de mon Airbnb. Je retrouve même des vidéos sur mon portable me rappelant que nous avons fait du stop pour rentrer du stade. Si la Jupiler aura un peu gratiné les souvenirs de cette fin de soirée épique, elle n’était alors qu’un claquement de verre lorsque je découvrais plus tôt l’atmosphère et la ferveur si légendaire de Sclessin. Car il suffit de faire quelques pas dans sa rue artérielle, de longer ses buvettes et ces cars de supporters, pour être transporté dans la magie et l’ardeur de son stade. Ou plutôt dans la chaleur humaine des Liégeois.

Photos et texte de Gustave.

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Prochaine aventure-foot : bientôt j’espère !
En attendant, restons à la maison

Date22 février 2020
VilleLiège
PhotographeGustave
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